On apprend dans la news letter de Stratégies ce matin, que L’italien Costa Croisières, leader européen des croisiéristes, filiale du groupe américain Carnival, aux prises avec le naufrage de l’un de ses navires au large des côtes italiennes, est épaulé en communication de crise depuis cinq ans par Burson-Marsteller, réseau de relations publics choisi en amont de l’accident pour la prévention et la gestion de crise. Celui-ci s’appuie en France sur Wellcom, agence de relations presse du croisiériste. La campagne de publicité lancée fin 2012 et signée «Le paradis sur mer» (agence Leo Burnett) est progressivement stoppée depuis ce week-end.
Je ne connais pas l’organisation exacte ni le niveau de préparation de la gestion de crise de Costa Croisières, cependant nous avons pu constater de gros manquements aux règles élémentaires qui doivent être appliquées en cas de catastrophe ayant entraîné un bilan humain lourd. Notamment :
- La mise en place sans délai d’un numéro de téléphone Vert (gratuit pour les appelants) et d’une platteforme (Call center) qui doit être suffisamment dimensionnée pour accueillir a minima les appels émanant des clients, familles et proches des victimes;
- Dans le même temps une page Internet (black site) qui donne toutes les informations au fil de l’eau;
- La suspension des pages à caractère trop « vendeur » et/ou l’humour est présent;
- Idem pour la campagne de communication globale en cours (même si cela prend des délais);
- Une communication cohérente et phasée avec d’une part le siège et d’autre part les délégations pays;
- Une posture du représentant France qui doit montrer qu’il y a un « pilote » à bord (a contrario de la réalité sur le navire échoué…) et dans ses premières prises de parole un message avec 3 axes clairs : Compassion, Explication, Action. Or cela n’a pas réellement le cas. Des média training sont également nécessaires notamment quand le porte-parole n’est pas habitué à ce difficile exercice (regard fuyant, balancement, hésitation, stress remarquable, choix vestimentaire, pins anecdotique…)
Tout cela prouve qu’il y a un gap entre la communication globale d’une entreprise et la communication de crise qui ne doit surtout pas être marginalisée dans sa préparation surtout pour des compagnies comme Costa Croisières qui par définition exercent des métiers à risques. Cela doit passer par une anticipation totale avec une communication de crise calquée sur la gestion des risques. Concrètement, il faudrait appliquer ce qui se fait dans le monde de l’aérien par certaines compagnies (Air France par exemple sur le Vol Rio-Paris) et ne laisser aucune place à l’improvisation dans ce domaine.
Certes la communication de crise ne permet pas de gérer la crise mais elle est toutefois déterminante dans la préservation de l’image de l’entreprise. Elle doit donc être guidée par des experts qui savent ce qu’est une catastrophe et comment celle-ci est gérée conjointement avec l’ensemble des acteurs (Secours, Justice, Police, Ministères, Associations, Fédérations, Syndicats, etc.). En somme et même si cela peut choquer : connaître le prix d’une vie et avoir l’expérience de la mort pour pouvoir en parler et se mettre au niveau des attentes des victimes et de leurs proches.
Il y a crise car tous les paramètres sont présents : Accident ayant entrainé des victimes et notamment des morts, le we, de nuit, absence de lumière sur le navire, bateau exceptionnel par sa taille, couché sur le côté, des milliers de personnes à bord, pas d’organisation efficace de la gestion de crise, commandant qui a abandonné le navire, multiplicité des langues parlées à bord, équipage cosmopolite, etc. Mais heureusement à 150 mètres du rivage !
Par « chance », Costa Croisières a un « coupable » le commandant du Costa Concordia et cela va leur permettre de mettre en place (ce qui se fait progressivement) une stratégie latérale mais cela ne les dédouane pas de leurs responsabilités car cet officier est l’un des leurs…
En effet, lors d’une conférence de presse où il est apparu très ému, Pier Luigi Foschi, le patron de Costa Croisières a déploré lundi 16 janvier une erreur humaine « impondérable » du commandant du navire, Francesco Schettino, dont il s’est officiellement « dissocié ». Selon lui, la trajectoire qu’a décidé de prendre le commandant était »une initiative de sa volonté, contraire aux règles écrites, certifiées »par la compagnie.
Il est donc temps pour eux, de reprendre la main et de fédérer en interne, de monter un visage « responsable », de mener une vraie stratégie d’alliance afin de limiter les effets collatéraux de cette catastrophe (y compris le volet environnemental) et vraisemblablement de se préparer différemment à l’avenir en faisant un véritable retour d’expérience (RETEX) de ce naufrage. Cela ne se fait pas seul mais encore faut-il savoir s’entourer…