Photo source : L'Express
L’affaire DSK est riche d’enseignements en matière de communication de crise avec ce paradoxe particulier que pour l’instant l’intéressé lui-même ne peut pas communiquer en regard du droit américain. Vendredi est donc très attendu par l’ensemble des médias ainsi que par les « communicants » putatifs du patron du FMI en sursis.
Il est intéressant justement d’observer comment les amis de cet ex-supposé candidat à la présidentielle française – soient ils de la dernière heure pour certains… ont pris la parole sur le sujet et comment les parties prenantes se sont multipliées ces deux derniers jours.
Cette affaire met en lumière la difficulté de communiquer justement lorsque l’on a peu d’éléments et que la prudence (légitime) de la présomption d’innocence commande à la réserve. Plus que tout nous nous trouvons dans une affaire pénale en premier lieu qui s’est transformée en affaire quasiment d’Etat. Voire planétaire.
Ce polymorphisme peut nous renvoyer à titre de comparaison aux événements récents du Japon, où l’élément déclencheur était le tremblement de terre qui rapidement a occasionné un tsunami, des incendies, des pollutions majeurs et surtout l’accident nucléaire. Plus loin, la crise économique et la répercussion internationale. En parallèle, la dimension humaine semble éloignée dans les deux affaires, alors que nous sommes en présence pourtant de victimes avérées au japon et présumées pour l’heure dans l’affaire du Sofitel.
L’affaire DSK a mis sur scène des acteurs aux profils différents : FMI, PS, candidature présidentielle, amis, ennemis, juristes, champ national, américain, international, médias… Chacun pouvant trouver un intérêt à prendre la parole et donc à communiquer. Mais souvent sans éléments tangibles et dans la supputation. Le travail des médias joue également un rôle particulier dans le traitement de l’information. La Une des journaux a présenté dès le lendemain des photos de DSK (puisées dans les banques d’archive) le montrant en posture d’accablement : mains croisées devant le visage, moue, abattement, tête entre les mains, etc. donnant ainsi le « La », la teinte des reportages.

- Source : Libération
Les journaux télévisés ainsi que les débats traitant de l’affaire, passent en boucle les images (assez rares en quantité) comme nous l’avons vécu pour les attentats du WTC en 2001. Provoquant pour certains un effet de sidération et rendant le téléspectateur captif. Cela pousse au voyeurisme et fait vendre ! Ce procédé n’est certes pas rare mais en l’occurrence, pour un fait divers pour lequel nous n’avons peu d’éléments à cette heure, pousse les commentaires et interprétations dans des voies parfois troublantes. Tout et son contraire son avancés : de la supposée fuite de DSK, du portable oublié dans la précipitation, du prix exorbitant de la suite du Sofitel à la théorie du complot, de la vengeance de la justice américaine par rapport à l’affaire Polanski…
Le monde politique et certains mettent même en cause les journalistes pour ne pas avoir écrit sur DSK et ses troubles du comportement sexuel (supposée-réels?) qui seraient connus depuis longtemps par beaucoups… Fantasme collectif ? Voyeurisme ? Mission de santé public que devrait assumer les médias ? Troublante évolution sociétale ce me semble. Par ailleurs, la fameuse Loi Guigou revient sur le devant de la scène : DSK menotté c’est inadmissible plaident certains, en revanche les médias s’en délectent car là encore le poids des images nourri les journaux en manque de faits avérés.
Les politiques sont dans la posture de la réserve, la plus facile à mettre en oeuvre dans pareille situation ! Chacun parlant parfois au nom de la France et de tous les Français. « Nous sommes accablés… C’est un orage ! (scénarisation métaphorique) ». Du plus soft au plus engagé, les commentaires commencent à prendre corps petit à petit et les jours prochains devraient permettre de voir réellement ce qui se cache derrière chacun. Le jeu des stratégies va apparaitre et donner une lecture encore plus fine de ce dossier en matière de communication.
On voit bien là qu’en matière de communication de crise, plus on a d’éléments avérés et tangibles dès le départ de la crise plus l’argumentaire est facile à choisir et la stratégie de posture à mettre en oeuvre. Laissons donc le temps jouer son rôle assainissant car c’est un principe fondamental en communication stratégique: la notion temporelle qui factuelle, juridique, politique, etc. est déterminante dans le traitement des crises. Passé le temps des images vides d’informations capitales, viendra le temps des faits avérés, de l’analyse, des enjeux et donc des stratégies à mettre en place. Comme toujours, une crise en chassant une autre, il faut s’attendre à une perte d’intérêt du public pour ce casier médiatique. Bien que les médias vont vraisemblablement le traiter en « feuilleton médiatique », recette commerciale toujours payante (cf. l’affaire Woerth…).
Quoi qu’il en soit cette affaire DSK s’avère déjà être un nouveau cas d’école pour nos métiers. Gageons que la vérité et les commentaires ainsi que le traitement médiatique qui en découleront seront respectueux de la nature humaine et du parallélisme des formes qui me sont chers.
A vendredi donc !