La communication de crise n’est pas un concept de communicant mais une discipline exigeante qui ne doit pas relever du simple effet de mode. C’est avant tout une réalité sociétale. La vie, soit-elle économique, sociale, politique, ou encore financière aspire par essence à l’équilibre. On peut penser tout ce que l’on veut sur le fond de l’affaire Eric Woerth, sur le plan de la gestion de la communication de crise, c’est un cas d’école de tout ce qu’il convient de ne pas faire.
Comme le souligne Le Post et cet article de Christophe Ginisty , la première erreur majeure commise par l’exécuritf a été d’être dans le déni des faits sans fournir la moindre explication : « il ne s’est rien passé, circulez, y’a rien à voir« .
C’est une posture très autoritaire, mais c’est une posture impossible à tenir car elle ne traite pas la crise, elle tente d’affirmer qu’il n’y a pas matière à crise.
Or, la communication de crise doit presque toujours tourner autour de deux attitudes, la compassion et l’empathie qui imposent de traiter en face, les yeux dans les yeux, le trouble provoqué dans l’opinion.
Qu’on le veuille ou non, et sans préjuger de la culpabilité ou de l’innocence d’Eric Woerth, il existe suffisamment de questionnements légitimes pour que le pouvoir s’en explique sur le fond. Ne pas l’avoir fait en prétendant qu’il n’y avait pas de sujet est une erreur tactique grave.
Pourquoi ? Parce que si vous ne traitez pas la crise, vous ne l’éteignez pas. C’est aussi simple que ça. Et s’il y a bien une autre règle absolue dans la communication de crise, c’est que l’on doit toujours rechercher une conclusion pour espérer que l’opinion estime enfin la crise résolue. Sans cette conclusion, la crise reste latente, ouverte, et fragile, un peu comme un tapis de braises incandescentes que le premier vent venu pourra transformer en incendie.
Les rebondissements du week-end prouvent deux choses : d’une part que la crise n’est pas éteinte dans l’opinion publique et d’autre part qu’Eric Woerth, au lieu de parler de manière indécente de lapidation « médiatique », devrait quitter sa posture de victime pour enfin adresser le fond du sujet et fournir des explications factuelles et étayées sur les éléments qui ont été révélés par la presse.
En matière de communication de crise, personne ne peut faire l’économie d’une explication. Et sur le dossier qui nous occupe, nous n’avons toujours aucune explication.
Laurent Vibert


